Monter une cellule de Veille en Bibliothèque
Mardi 28 août 2007
((Et un pavé, un !….))
Quelques réflexions sur le sujet. Je n’évoquerai que la “veille en ligne”, parce que le papier, ça me fait mal aux yeux…
Prologue : Pourquoi la veille ?
Pour arrêter d’etre à la rue. Les entreprises l’ont bien compris :
- Celles qui oublient d’intégrer l’amortissement à leur budget annuel vont pas survivre longtemps
- Celles qui oublient de faire de la R&D : idem
Je crois que la veille participe de cette logique.
Autre aspect bénéfique : la formation du personnel. Le veilleur se forme en permanence ; et je crois que c’est aussi l’une de nos missions.
Enfin : pérenniser ce service. Qu’il ne soit plus associé à un mec sensibilisé dans la bib’ mais à un poste (fiche de poste), qui peut être diversement incarné.
1. Combien de veilleurs dans une bib’ ?
Je propose : autant que de cons’ !
Parce qu’une collectivité qui se paye x cons’ a de facto : une certaine taille, ambition, intéret à une lecture publique de qualité.
(( Evidemment, ce critère ne vaut pas pour les BU, qui sont, de notoriété publique, bien trop pourvues en cons’ !! ;^P ))
2. Profil des veilleurs ?
Je dirai : plutôt PAS le chef. Parce que - la veille devant déboucher sur quelques actions concrètes : il serait bon que tout ne soit pas impulsé “d’en haut” (de toute façon, il a pas le temps). Les idées peuvent aussi émerger de tous les niveaux de la bib’. Qui plus est, une partie de l’adhésion du personnel au projet est ainsi déjà réalisé, puisque c’est le leur.
Ensuite : ceux qui sont intéréssés ! Parmi ceux-ci, mieux ils maitrisent le web, plus simples sera la mise en place (mais ce n’est pas rédhibitoire : ça s’apprend aisément)
La question de la langue ? Une veille franco-française, ça serait déjà bien ; l’anglais ensuite, bien sûr ; mais si y’a des bilingues italo-germano-porto-hispaniques : ça pourrait permettre de veiller sur des domaines sur lesquels notre visibilité est très mauvaise…
3. Répartition de la veille
Je verrai bien un modèle bi-polaire :
- Un petit groupe de veille générique
- + Une équi-répartition par service d’une personne chargée de ce boulot
En effet, chaque service a des thématiques particulières. De plus, ca pourrait disséminer, auprès du plus grand nombre, un ‘esprit’ Veille-Friendly contagieux. Le risque c’est que cet isolé ne trouve pas de relais dans son service et s’éteigne.
Evidemment, c’est difficile à faire : impulser dans x services distincts -avec leurs méthodes, individualités, fonctionnement- cette proposition : ça me parait chaud. Quand bien même vous seriez Grand Gourou.
4. Masse de Travail
La veille, c’est un travail. Ca se met sur une fiche de poste.
C’est aussi une hygiène : tous les jours, se forcer à lire ce qu’on a reçu, même en cas de coup de bourre, même en cas de coup de tél du maire.
Je dirai : une demi-heure par jour et par veilleur.
– Q : “Et si personne n’a le temps : faut-il sacrifier une de nos activités ? “
– R : “Ca dépend….”
– Q : “Et si personne n’a le temps : faut-il diminuer la qualité d’une de nos activités ? “
– R : “Clairement : OUI”
5. Retour sur Investissement
Veiller, c’est bien ; en faire quelque chose c’est mieux !
Plus exactement : la veille gratuite NE sert à RIEN. Pure masturbation. Et, dans ce domaine, je pense que le coït : c’est préférable.
Donc, lors des réunions (quadri- ? bi-?) mensuelles, à chaque Ordre du Jour, il y a un point : ‘veille’. Rapide. Juste voir si quelque chose d’intéressant à creuser, a émergé.
Un veilleur pas reconnu par sa hiérarchie n’est qu’un dormeur.
6. La veille au quotidien
Le risque est de se laisser pièger par une activité de plus en plus chronophage.
Il ne s’agit pas de TOUT lire, TOUT essayer, TOUT creuser.
Il s’agit de suivre la “rumeur du monde“, de connaitre son odeur, de suivre les tendances. C’est EN connaissant ce parfum, qu’on sera capable d’en déceler les fringances insolites, ie nouvelles : c-a-d de voir ce qui, de temps en temps, vaut la peine qu’on s’y arrête vraiment ; parce que ça rentre en résonance avec nos propres activités/préoccupations.
7. Que veiller ?
Le top serait d’avoir 10 personnes en charge de ce truc et de pouvoir répartir intelligement des thèmes bibliothéconomiques à chacun, avec quelques recouvrements, bien sûr. Sinon, faut-il se spécialiser ou survoler un peu tout ? Je ne sais pas. Ca dépend des projets de la bib’. (quelques pistes ci-dessous)
Par contre, la veille en bib’ N’est PAS QU’une veille de bib’ !
Je dirai que la veille bibliothéconomique pure ne doit représenter que 75 ou 80%.
Une bib’ prend sa place dans une cité. Elle doit être ouverte sur ce qui se passe autour d’elle. Donc le veilleur doit regarder des domaines ‘connexes’ :
- En musée : surveillons le Louvre, Beaubourg, le Whitney, le MOMA, la Tate, la cité des sciences…
- En archives : surveillons les archives nationales francophones, les projets des grandes administrations publiques…
- En théatre : que fait la Comédie Française ? R Hossein ? P Brook?…
- En culture : la fnac, Leclerc, Universal, MK2, EMI…
- En éducation : Arts et Métiers, Gdes écoles, Univ’, Harvard, MIT…
- En médias : TF1, TNT, Fox, Radio France, Sky’, BBC, Les Monde/Times/Herald, les gratuits…
- En livres (si, si, j’y avais pas pensé avant) : Que fait Gallimard ? Privat ? Lagardère ? Stephen King ?
- En Web : Google, Mac, IBM, Myspace, E-bay, Amazon…
- En général : Carrefour, Interflora, Peugeot, Nokia, etc
J’insiste sur cette dernière ligne parce qu’il y a là la possibilité que les veilleurs associent leur intéret perso avec l’interet professionnel du service.
8. Dont acte : Formation
Une fois que les accords de principe sont obtenus, comment on fait ?
1ère étape : former aux outils.
1. Expliquer 2-3 notions 2.0 : wiki, RSS, blog
2. La veille en ligne ce n’est pas que du blog, mais, à 99,8%, ce n’est QUE du RSS. Donc il faut choisir un aggrégateur. Pour un certain nombre de raisons : je sponsoriserais : Netvibes. (mais si vos ordis sont vraiment super poussifs, Bloglines sera mieux. Enfin, un compte gmail (si votre Service Informatique vous permet d’y accéder) ferait peut-être l’affaire)
3. Les ressources en bibliothéconomie. Je ne vais lister ici que les points d’entrée, mais je les crois exhaustifs :
- La Biblio-Blogo-Sphère (BBS) francophone, et avant tout : http://toutifrouti.viabloga.com/actualites.shtml - http://www.ilozen.net/biblioflux/ - http://www.protopage.com/biblioblogs - http://blogbbf.enssib.fr - http://ceped.cirad.fr/documentation/article.php3?id_article=631
- Les alertes de moteur de recherche et assimilés : par ex : Google ; Technorati ; Feedster ; Del.icio.us
- Les institutions françaises. Dont : Biblioped’ ; wikipoldoc ; Archivesic ; Memsic ; enssib ; ABF ; ADDNB
- Les incontournables anglais : ALA ; LISwiki ; IFLA
- Les outils de recherche : sur la BBS Fr : Bibzen ; sur la BBS mondiale : Liszen ; Libworm
- ET S’IL N’Y AVAIT QU’UN POINT D’ENTREE : Libworm
9. Dont acte : Mise en place
2e étape : genèse de la cellule de veille
Je dirais :
A t0, formation ci-dessus esquissée
Pendant un mois, un mois et demi, laissez-les jouer ! La directive est de passer, vraiment, une 1/2 h ou une heure par jour à découvrir les outils, les ressources, les possibilités. Anarchiquement. Je crois pas mal à l’épistémologie “contre-méthodique” de Feyerabend.
A t0+45 jours : faire un bilan. Rationalisation : faire la liste de ce qui va être suivi et comment et par qui. Je dirais :
- maximum de fil RSS suivis : 50.
- Temps max quotidien à y consacrer : 1/2 heure.
Pendant 3 mois : apprentissage. Le veilleur, vierge, ne sait encore rien. Tout ce qu’il va lire va briller de 1000 feux (quand bien même ce serait déjà obsolète). Je propose une période où il ferait ses “mois d’apprentissage”, pour monter en gamme.
8. La caste des veilleurs au quotidien
1. A priori on veille mieux à plusieurs parce qu’on peut échanger et faire découvrir à l’autre ; confronter, etc.
2. Le veilleur doit-il se transformer en spammeur vers ses collègues ? Dès qu’il voit un truc, il forwarde vers x ou y qu’il sait susceptible d’être intéréssé ?… Je sais pas.
Entry Filed under: bibliothèque, bibliothèque 2.0, bibliothèques 2.0, bibliothécaire, bibliothécaire 2.0, librarian 2.0, library, library 2.0, veille. .
6 Comments Add your own
Leave a Comment
Some HTML allowed:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>
Trackback this post | Subscribe to the comments via RSS Feed






![Bord de rivère [la Pique], pont, Luchon Bord de rivère [la Pique], pont, Luchon](http://farm4.static.flickr.com/3112/2673967144_b1e8a223bc_t.jpg)
1.
David L. | Mardi 28 août 2007 at 2:46
C’est intéressant mais il faudrait aussi définir un minimum, plutôt qu’un idéal qui risque d’être difficile à atteindre, à gérer, à évaluer.
(Et des BM avec 10 conservateurs ça doit se compter sur les doigts d’un pied.)
Les minima que je définirais pour un établissement :
* Y’a-t-il au moins 1 personne qui lit Biblio-fr et le sommaire du BBF ? Et qui retransmet un peu ?
* En cas de problème ou de projet, les B savent-ils entreprendre de manière autonome une recherche documentaire professionnelle ?
Avant la veille, il y a le stade de l’éveil.
2.
dbourrion | Mercredi 29 août 2007 at 3:03
Tu as mis ça en cplace chez toi ? C’est en cours ? Tu prépares les terrain ?
3.
bibliotheque20 | Mercredi 29 août 2007 at 3:34
3* ‘oui’ ;^P
Mais pour reprendre ce que dit DL : je serai sans doute pas dans l’idéal proposé. J’attends d’être grand chef pour ça !!
4.
dbourrion | Mercredi 29 août 2007 at 4:14
Je parie que tu vas faire évoluer ton poste vers un profil “veilleur depuis un poste wifi à la terrasse d’un café…”
5.
XG | Vendredi 31 août 2007 at 1:36
Selon moi, la dernière étape de la veille collaborative passe effectivement par la diffusion mais pas forcément sélective plutôt sous forme de blog interne. J’avais évoquer la question sur mon billet:
Cela me paraît réducteur et un peu dictatorial de décider de qui est destinataire de telle ou telle information. En plus il y a des infos générales qui concernent tout le monde. Sans compte ceux qui préparent des concours et qui ont besoin d’un maximum de billes… d’où un blog interne où chaque pioche ensuite.
6.
Francis | Mardi 11 septembre 2007 at 4:18
bonjour, j’ai voulu mettre un commentaire sur votre article tout en faisant part d’une expérience récente en ce domaine, mais cela prenait trop de place alors j’en ai fait un article sur mon propre blog. Cela me permet en même temps de faire connaître mon “petit cabanon” qui débute, vous me pardonnerez donc j’espère. (http://unpetitcabanon.vox.com/library/post/condamn%C3%A9-%C3%A0-veiller-tout-seul.html).